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Le Grand Prix Panafricain de Littérature : un souffle nouveau pour le champ éditorial

Le chef d’État de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, est devenu le président en exercice de l’Union Africaine, depuis février 2021. Il n’a pas attendu longtemps pour mettre en œuvre son plan d’action qui repose essentiellement sur la promotion de la culture africaine, puisqu’après moins de deux mois à la tête de l’institution panafricaine, il a décidé de mettre sur pied deux grands prix littéraires. Il s’agit notamment du Grand Prix Panafricain de Littérature et parallèlement du Grand Prix Congolais du Livre.

Le lancement du Grand Prix Panafricain de Littérature, qui s’est tenu au Musée National de la République Démocratique du Congo à Kinshasa, le 25 mars 2021, s’inscrit donc en droite ligne avec les ambitions de l’Union Africaine qui depuis sa création prône l’unité et la solidarité de l’Afrique. Il faut dire que pour le compte de cette année, le thème choisi par l’organisation panafricaine est : « Arts, culture et patrimoine : leviers pour construire l’Afrique que nous voulons ». Ce thème en dit long sur l’intérêt manifeste que les dirigeants de cette organisation entendent porter aux arts, à la culture et au patrimoine africains ; des éléments qui se posent en réalité comme des points d’ancrage d’une renaissance efficiente du continent africain. Lors de son discours au dernier sommet de l’UA, Félix Tshisekedi affirmait à juste titre que « la culture est le début et la fin de tout ; elle couvre tous les aspects de la vie humaine » et par conséquent, avec l’art et le patrimoine, elle est l’occasion qui est donnée aux Africains de revaloriser leurs racines.

Les motivations de la création du Grand Prix Panafricain de la Littérature

Les motivations qui ont entraîné la création du Grand Prix Panafricain de Littérature prennent essentiellement sens à travers la dénomination du prix, avec notamment le mot « panafricain » qui suscite l’idée d’une globalité impliquant l’ensemble des entités étatiques africaines. Le panafricanisme, cette idéologie qui vise à consolider l’unité et la solidarité des différents pays africains, n’a eu de cesse de produire des effets restrictifs et superficiels. On constate un manque criant de groupements véritablement panafricains qui prennent en compte la diversité caractérisant l’Afrique. Et lorsqu’on parcourt le champ littéraire africain, on remarque que son instance de consécration est visiblement à l’image de ce triste constat.

Il y a beaucoup de prix littéraires en Afrique, mais ce sont des prix sectoriels qui sont créés fondamentalement autour de différentes zones linguistiques du continent. C’est donc pour pallier ce déficit de globalisation ou de regroupement des productions littéraires africaines autour d’un seul prix littéraire que le président congolais a trouvé bon de créer ce prix panafricain de la littérature. Ce, dans l’optique « d’encourager et de célébrer les écrivains et artistes africains, en leur qualité de producteurs des valeurs de civilisation dont dépend la renaissance culturelle africaine. Par la grâce d’un imaginaire accordé aux sources d’une créativité séculaire, ces derniers sont invités à rivaliser de talent, en tant que poètes, romanciers, conteurs, nouvellistes et dramaturges. Ils ont pour mission de puiser, en un constant va-et-vient entre le passé et le présent, dans la profondeur des richesses immatérielles du continent, en un geste d’illustration qui tend, par la force du verbe, à présenter l’Afrique à elle-même et au monde. » (Cf., Site du Grand Prix Panafricain de Littérature)

Le Grand Prix Panafricain de Littérature entend donc promouvoir la littérature africaine dans son ensemble, en permettant à tous les écrivains Africains d’ici et d’ailleurs de bénéficier d’un même privilège sans grande distinction. Richard Ali, écrivain et responsable de la bibliothèque du centre Wallonie-Bruxelles et par ailleurs président de l’Association du Grand Prix Panafricain de Littérature, estime qu’avec ce prix, c’est une période inédite qui va commencer : « On inaugure une sorte de nouvelle ère pour la littérature africaine. Depuis toujours, on n’a pas eu de prix littéraire qui distinguait un gagnant du continent, pas d’une zone linguistique, mais de tout le continent. On a le droit de se sentir fier en étant écrivain, mais aussi en étant congolais ». Tata N’longi Biatitudes, Président de l’Association sans but lucratif des Écrivains du Congo, qui va conduire le Grand Prix Congolais du Livre, pense pour sa part que « la RDC revient au centre de l’échiquier de la littérature africaine et donc mondiale. C’est un événement qui va remettre la littérature au cœur de la société. C’est la réaffirmation d’une posture, c’est-à-dire que le Congo veut contribuer à donner le pool de la littérature en Afrique. Je suis à la fois anxieux et heureux. Anxieux puisque c’est un jour important et donc, on doute un peu de la manière dont ça va se passer, mais heureux parce que c’est un grand jour ».

Organisation et règlementation du Grand Prix Panafricain de Littérature

Ce nouveau prix littéraire sera organisé par l’Association Grand Prix Panafricain de Littérature, créée depuis février 2021. L’Association dont le siège est à Kinshasa, est dirigée par Richard Ali qui, on l’a relevé en sus, est écrivain. Ce prix qui est ouvert à tous les Africains, quel que soit le lieu de résidence, sera proclamé chaque année, en marge de la Journée internationale de l’écrivain africain qui se célèbre le 7 novembre. Mais c’est en février de l’année suivante, notamment dans le cadre du Sommet des Chefs d’État des pays membres de l’Union Africaine, que le prix sera officiellement décerné à son vainqueur préalablement annoncé au mois de novembre. Cette cérémonie aura lieu à Kinshasa, en présence du Président en exercice de l’organisation panafricaine et d’autres Chefs d’État de ladite organisation.

En dehors d’un diplôme et d’un trophée, le vainqueur du Grand Prix Panafricain sera récompensé à hauteur de 30 000 dollars américains. Une somme suffisamment consistante qui exprime mieux la valeur que l’UA tient à cœur de donner à la littérature africaine. Il faut également préciser que le comité d’organisation aura le droit de décerner un Prix Spécial ou une Mention spéciale du Jury à une ou plusieurs personnes. Et, le ou les bénéficiaires de cette reconnaissance recevront un diplôme de mérite et une récompense de 5 000 dollars américains.

Par ailleurs, constitué fondamentalement des professionnels du paysage littéraire et choisi par les soins du comité d’organisation de l’Association du Grand Prix, seul le jury sera habilité à désigner le lauréat du Grand Prix Panafricain de Littérature. Il procèdera par une appréciation des livres qui leur seront proposés, afin de choisir finalement un gagnant parmi les cinq livres présélectionnés au préalable. Les livres seront essentiellement appréciés au prisme de la qualité de l’écriture, de la pertinence du thème abordé et de l’originalité de la création. Le 15 juin de chaque année, c’est la date butoir fixée pour la réception des livres qui seront en compétition. Pour le genre des livres en compétition, il est à noter que les romans, les recueils de nouvelles, les recueils de poèmes, des livres théâtraux et des contes seront en compétition sans distinction de genres. Ce qui signifie que le gagnant du Grand Prix Panafricain pourra être soit un romancier, soit un nouvelliste, soit un conteur, soit un dramaturge, soit un poète. La principale condition c’est d’écrire en français ou en anglais ; les deux langues de travail officiellement choisies par l’Union Africaine.

De manière substantifique, c’est ce qu’on peut retenir du lancement du Grand Prix Panafricain de Littérature. Pour toute autre information spécifique concernant ce prix, il est judicieux de consulter son site officiel. Mais disons dans l’ensemble que la création dudit prix est à encourager en ce sens qu’il contribuera à promouvoir le secteur du livre africain ainsi qu’à donner plus d’attraction et plus d’autonomie au champ littéraire africain. Wale Okediran, Secrétaire général de Pan African Writers Association (Association des écrivains panafricains) pense d’ailleurs que c’est une initiative à suivre pour les autres présidents du continent : « Nous sommes très fiers de l’organisation de ce prix. Je pense que ça va aider les écrivains africains. Je crois que c’est un bon exemple que le Président de la RDC a commencé et nous espérons que plusieurs autres personnes en Afrique, les organisations, les gouvernements suivront ses pas, pour nous donner un autre prix parce que cette méthode est la meilleure pour les écrivains africains. Nous encourageons aussi les autres leaders africains à faire ce que le Président congolais a fait. »

Toutefois, on espère juste que ce prix ne prendra pas une coloration politique comme plusieurs autres qui existent dans le continent ; et que les membres d’organisations, ainsi que le jury, seraient des personnes véritablement aptes à accomplir cette tâche et à travailler en toute impartialité pour le bien-être général du champ littéraire africain. Que les prix soient décernés, non en fonction des affinités identitaires, religieuses, claniques, politiques et autres ; mais pour des raisons purement littéraires. On souhaite d’ailleurs que ce soit effectivement un « prix panafricain » qui rend compte de la solidarité du continent africain et promeut son unité par le biais de la littérature. Vivement que ce soit un prix qui porte haut les idéaux fondamentaux édictés par l’Union Africaine. Nous sommes d’ores et déjà impatients de voir comment sera concrètement organisé ce prix littéraire, et curieux en même temps de connaître son premier vainqueur, en novembre 2021.


Boris Noah


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