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Sembène Ousmane aurait eu cent ans !

L’écrivain et cinéaste sénégalais, Sembène Ousmane, aurait eu cent ans cette année. Né en 1923, au Sénégal, Sembène Ousmane fut l’un des pionniers de la littérature africaine francophone et une figure paternelle du cinéma en Afrique. Décédé le 9 juin 2007, il a laissé un immense héritage artistique qui a énormément travaillé au rayonnement de l’Afrique.



Écrivain de première heure

Sembène Ousmane est de la première génération d’écrivains africains francophones qui s’offusquent contre la colonisation et les injustices raciales. Dès le début de la seconde moitié du XXe siècle — tout comme Bernard Dadié, Tchicaya U Tam’si, Mongo Beti, Ferdinand Oyono et Cheick Hamidou Kane entre autres —, il décrit une Afrique tenue par les griffes de la colonisation et expose les conséquences douloureuses de la rencontre de l’Africain avec l’Europe. Son œuvre, parfois autobiographique, est par conséquent un cri strident pour la liberté et contre les injustices.

Après avoir été tirailleur sénégalais dans l’armée française, Sembène Ousmane devient docker au port de Marseille. À cette époque, les pays africains luttent déjà pour leur indépendance, le monde est marqué par des querelles liées au racisme et donc, être Noir dans la société occidentale est un long chemin de croix. Le Sénégalais est de plus en plus motivé à écrire et se donne les moyens pour y arriver, au prisme de ses récurrentes présences dans les bibliothèques de sa ville. Par ailleurs, il s’exerce à l’écriture en véritable autodidacte et prend des conseils auprès des expérimentés. C’est ainsi qu’il publie son premier roman intitulé Le Docker noir en 1956, lequel s’inspire justement de sa vie de docker noir en France. Il fera paraître de nombreux autres, à l’instar de : Ô pays, mon beau peuple (1957) ; Les Bouts de bois de Dieu (1960) ; Le Mandat (1965) ; Le Dernier de l’Empire (1981). Il recevra le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1997, pour l’ensemble de son œuvre.


Le père du cinéma africain

Sembène Ousmane est considéré comme « le père du cinéma africain ». Il a d’ailleurs été surnommé « l’aîné des anciens », du fait de son statut d’avant-gardiste dans la sphère cinématographique africaine. Après l’indépendance du Sénégal en 1960, Sembène Ousmane quitte les différents mouvements de revendication dont il faisait partie et rentre en France quelques mois plus tard, en 1961. Ce retour est motivé par une idée : obtenir les armes essentielles pour devenir cinéaste, une passion qu’il nourrit depuis son adolescence. Après sa formation dans la réalisation des films au Studio Gorki à Moscou, en Russie, il commence à travailler sur ses premiers courts métrages. Il réalise ainsi, en 1963, L’Empire Songhay — qui ne sera pas diffusé et sera considéré comme perdu — et Borom Sarret.

C’est au cours de cette année que sa carrière de cinéaste prend de l’envol avec la parution de son film Borom Sarret. Il s’agit d’un court métrage de 20 minutes qui raconte l’histoire d’un charretier sénégalais victime d’abus de pouvoir. Ce sera le début d’une longue carrière de cinéaste, avec plusieurs courts et longs métrages réalisés, certains étant des adaptations de ses livres. Borom sarret sera le premier court métrage réalisé par un Africain, sur la terre africaine. Son long métrage La Noire de… réalisé en 1966, recevra la même année : le Prix Jean-Vigo, le Grand Prix du Festival mondial des arts nègres, le Tanit d’or lors des Journées cinématographiques de Carthage, le Prix de la mise en scène au Festival international du film de Pyongyang. Plusieurs autres auront également du succès, comme Le Mandat (1968), Camp de Thiaroye (1987), Moolaadé (2004).

Dans l’ensemble, les films du réalisateur sénégalais sont essentiellement enracinés et s’inspirent notamment des réalités sociopolitiques africaines. Conscient de sa capacité de toucher un public bien plus large, Sembène Ousmane a fait du cinéma une arme pour lutter contre les injustices, ce qui lui a valu quelques censures. Son film Camp de Thiaroye, paru en 1987, revient justement sur le massacre des soldats sénégalais à Thiaroye par l’armée française, en 1944. Ce long métrage, qui reçoit le prix spécial du jury au Festival de Venise, est interdit de diffusion en France. Ce, après l’interdiction de son film Ceddo au Sénégal en 1979.


Honneurs et hommages

Pour son glorieux parcours de cinéaste, Sembène Ousmane a reçu plusieurs honneurs et hommages avant et après sa mort. Il a notamment été membre du jury pour le Festival de Cannes en 1967, pour le Festival de Moscou en 1975 et lors du Festival international du film de Rio de Janeiro en 1984. Il a été tour à tour président du jury au FESPACO, au Festival de New Delhi et pour le compte de la Journée Cinématographique de Carthage. En 1992, Christine Delorme lui consacre un documentaire intitulé Ousmane Sembène, tout à la fois. C’est un documentaire d’environ une heure de temps, qui a été projeté à l’ouverture de la 20e édition de African Film Festival de New York en 2011 et diffusé sur TV5 Monde. Un autre documentaire de 54 minutes, Le docker noir, Sembène Ousmane a été réalisé par Fatma Zohra Zamoum. Il a été diffusé sur Cinécinéma en 2009 et au FESPACO. On citera enfin le film documentaire Sembène ! réalisé par Samba Gadjigo et Jason Silverman. Sorti en 2015, il a été projeté au Festival de Cannes ainsi qu’au Festival de Venise.

Plus récemment, le comité d’organisation de la 27e édition du Festival Écrans Noirs a décidé de le célébrer et, parallèlement, de fêter le centenaire de sa naissance. De ce fait, un colloque international a été organisé autour de la figure du « père du cinéma africain », du 19 au 20 octobre 2023, à Yaoundé. Avec pour thème : « Ousmane Sembène et le cinéma comme école du soir : importance, impact, héritage et pertinence contemporaine », ce colloque était l’occasion pour de nombreux acteurs du cinéma africain de disséquer l’héritage du cinéaste sénégalais pour les générations d’après et de (re) parcourir sa vie. Une vie consacrée à la défense des causes justes comme le précisait Khare Diouf, ambassadeur du Sénégal au Cameroun, lors de la cérémonie d’ouverture du festival : « ouvrier, soldat dans le corps des tirailleurs sénégalais, docker comme en atteste le titre de son premier roman, militant communiste, cinéaste, Sembène était un homme éblouissant d’énergie dont la vie a été vouée à la défense des causes justes ».


Boris Noah

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