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Tchad : l’Union Africaine décide d’accompagner le processus de transition

Le Tchad traverse une période de crise politique depuis la mort tragique du Maréchal Idriss Déby Itno. Pour préserver la paix et la sécurité dans ce pays, l’Union Africaine a décidé d’accompagner le Conseil militaire de transition mis sur pied après la mort du président. Le but étant de veiller à ce que ledit Conseil remette le pouvoir aux civils en organisant des élections démocratiques. Et le 20 mai dernier, l’instance panafricaine a publié les résolutions d’accompagnement de ce processus du retour à la démocratie.


Le mardi noir du peuple tchadien


Idriss Déby Itno est mort à l’âge de 68 ans, alors qu’il s’apprêtait à entamer son sixième mandat à la tête du Tchad. La nouvelle de son décès est tombée dans la journée du mardi 20 avril 2021. Pendant que la télévision nationale tchadienne déroulait calmement ses programmes quotidiens comme à l’accoutumée, tout s’est brusquement arrêté pour laisser place à l’annonce de l’information : « Idriss Déby Itno vient de donner son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021, du Maréchal du Tchad Idriss Déby Itno des suites de ses blessures au front. Ce douloureux évènement intervient le jour de la proclamation des résultats provisoires de la CENI [commission électorale nationale indépendante] qui plébiscite le Maréchal du Tchad à la magistrature suprême au premier tour de l’élection présidentielle. »

L’information est transmise par le général Gal Azem Bermandoa Agouna, le porte-parole du CMT, qui explique que le chef d’État a été blessé lors d’un affrontement avec les rebelles terroristes dans le nord du pays et a succombé à ses blessures : « le président de la République, le Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, comme il le fait chaque fois que les institutions républicaines sont gravement menacées, a pris la tête des opérations lors du combat héroïque mené contre les hordes terroristes venues de la Libye. Il a été blessé au cours des accrochages et a rendu l’âme, une fois rapatrié à N’Djamena. »

Depuis l’annonce de ce décès brusque et tragique, les points de vue n’ont cessé de s’entremêler. Entre suspicions, tristesse et consternation, les réactions se sont multipliées au sein de l’opinion nationale et internationale. Plusieurs observateurs doutent des circonstances du décès du Maréchal Idriss Déby Itno qui sont présentées par le Conseil militaire de transition. Selon eux, il s’agirait d’un coup d’État voilé orchestré par les militaires qui veulent s’emparer du pouvoir et le gérer à leur guise. Une hypothèse qu’on ne saurait totalement dénier pour peu qu’on s’intéresse à l’évolution historique et politique du pays tchadien. Il faut rappeler que depuis les indépendances, le Tchad n’a eu de cesse de cahoter au rythme des coups d’État. Aucun président tchadien n’a pris le pouvoir en passant par les urnes. Idriss Déby Itno qui a lui-même pris le pouvoir par les armes, en chassant Hissein Habré en 1990, a été plusieurs fois la cible des coups d’État qu’il a toujours su déjouer, en 2006, en 2008, en 2013 notamment. Hissein Habré a fat partir Goukouni Oueddei en 1982 et Goukouni à son tour chassera Félix Malloum en 1979. Malloum quant à lui a pris le pouvoir en 1975, après un coup d’État soldé par l’assassinat de François Tombalbaye, le premier président du Tchad, au pouvoir depuis l’indépendance du pays.

En effet, Idriss Déby est le chef d’État qui a le plus duré au pouvoir et incontestablement celui qui a instauré la démocratie, bien qu’elle soit taillée à sa mesure. Il a été inhumé le 23 avril 2021, à Amdjarass, son village natal situé près de la frontière avec la Libye. Ses obsèques officielles se sont déroulées dans la capitale du pays, N’Djamena, en présence de plusieurs chefs d’État africains et étrangers qui n’ont pas manqué de saluer la mémoire de l’homme courageux qui a combattu le djihadisme, et relever ses gestes panafricanistes. Quelques jours plus tard, le Conseil militaire de transition dirigé par son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, a nommé un nouveau gouvernement de quarante (40) membres. Ce gouvernement essentiellement constitué des civils apaise les inquiétudes certes, mais ne garantit pas la stabilité dans le pays.


L’entrée en jeu de l’Union Africaine


Le 29 avril dernier, les membres du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine sont arrivés dans la capitale tchadienne avec pour une mission d’enquête de quelques jours, du 29 avril au 6 mai 2021. La mission était dirigée par le Commissaire aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’UA, le Nigérian Bankole Adeoye, et par le président du CPS pour le mois d’avril 2021, l’ambassadeur djiboutien Mohamed Idriss Farah. Elle consistait à discuter avec les autorités tchadiennes sur la situation politique et sécuritaire que traverse leur pays, afin d’examiner les différentes stratégies susceptibles de faciliter un retour à l’ordre constitutionnel et à la gouvernance démocratique. Cette mission était l’occasion pour l’UA d’être fixée sur les circonstances du décès de l’ex-président et de déterminer s’il faut sanctionner ou non le Tchad, selon la réglementation prévue par le CPS. En plus, elle se posait également comme un élan d’aide et de solidarité pour la préservation de la sécurité et l’intégrité territoriale du pays. Pour ce faire, plusieurs acteurs politiques ont été consultés : le président du conseil militaire de transition, le Premier ministre nouvellement nommé, le président du parlement, le président de la Cour Suprême, les leaders religieux, les ambassadeurs africains basés au Tchad, l’opposition et la société civile. Et ce n’est qu’après toutes ces consultations que le rapport de la mission a été formulé.

Après plusieurs reports, la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA sur le cas du Tchad s’est finalement ouverte à Addis-Abeba le vendredi 14 mai 2021. Au cours de cette réunion où le rapport de la mission d’enquête a été présenté, les membres du CPS ont eu du mal à s’accorder. Pour certains, en particulier les pays d’Afrique australe, le Tchad mérite d’être sanctionné au même titre que de nombreux autres pays membres où les règles de la constitution ont été violées. Ils soutiennent l’hypothèse d’un coup d’État militaire qui implique automatiquement la suspension du Tchad de l’UA. Mais pour les autres, qui sont majoritaires, le Tchad mérite des circonstances atténuantes et doit être accompagné dans son processus de sortie de crise. Étant donné que le pays est un maillon essentiel dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, il serait inopportun de le suspendre de l’organisation. La majorité des pays de la CEDEAO pensent qu’il faut soutenir le conseil militaire de transition et veiller à ce qu’il respecte les résolutions qui seront prises par le Conseil de Paix et de Sécurité. Finalement, c’est ce dernier point de vue qui a été adopté.

Les résolutions prises par l’instance panafricaine


Pour accompagner le Tchad dans son processus de transition, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a pris un certain nombre de résolutions. Il a demandé au Conseil militaire de transition de remettre le pouvoir aux civils comme promis, sur une durée de dix-huit (18) mois depuis la mise en place du Conseil. Un temps relativement suffisant qui permettra au gouvernement de transition « d’instaurer une nouvelle constitution et des élections libres, équitables et crédibles ». Le CMT a nommé, il y a quelques semaines, un gouvernement de transition constitué des civils et dans lequel on retrouve des membres de certains partis d’opposition. L’UA exige toutefois une séparation claire des rôles et des fonctions entre le CMT et le gouvernement de transition dirigé le Premier ministre Albert Pahimi Padacke. Le rôle fondamental du conseil militaire de transition sera de veiller « sur la défense et la sécurité statutaires du Tchad, tandis que le Gouvernement de transition se focalisera sur les questions politiques ». Ni le président ni les autres membres du conseil militaire ne devront se présenter aux prochaines élections nationales qui seront organisées dans le pays ; cela représenterait une violation des clauses et un non-respect de leurs engagements.

Bien plus, les autorités de transition tchadiennes doivent créer en urgence, « un organe législatif intérimaire et souverain, avec un mandat clair et précis qui est de rédiger une nouvelle Constitution centrée sur le peuple, qui ouvre l’espace politique à tous les Tchadiens et prend en compte leurs libertés et droits fondamentaux ». Le Président de la Commission de l’UA nommera de Hauts Représentants qui seront des relais entre les Tchad et l’UA, et travailleront en collaboration avec le gouvernement de transition. Il sera également question pour ces envoyés spéciaux d’apporter des appuis techniques, matériels et financiers qui faciliteront le processus de transition tchadien.

Le gouvernement de transition devrait organiser dans les trois prochains mois un « dialogue national inclusif et transparent » qui permettra au peuple tchadien de se réconcilier et de trouver les voies et moyens pour construire une paix durable. Ce dialogue sera une occasion pour les « groupes/mouvements armés qui sont prêts à renoncer définitivement à la violence » de se reconvertir et de retrouver le chemin de la paix. Il permettra également « le rétablissement de la confiance et de la crédibilité entre toutes les parties prenantes, afin de convenir collectivement sur la nouvelle Constitution et des modalités des élections à venir ». Pour cela, dans le souci du respect des droits de l’homme, il est recommandé de libérer les prisonniers politiques, ainsi que les manifestants arrêtés lors des derniers mouvements de revendication. Dans le cas contraire, ils devraient être poursuivis en justice dans le strict respect des règles juridiques. Enfin, l’UA lance un appel à la communauté internationale y compris aux Nations Unies, pour qu’elles soutiennent ses efforts au Tchad et apportent des aides humanitaires à ce peuple qui traverse une période difficile.

Boris Noah


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