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Le Festival Beyrouth Livres 2022 : renforcer les liens francophones !

Depuis le 19 octobre 2022, Beyrouth est le pôle d’attraction des lettres francophones du monde. La capitale libanaise accueille son premier Festival littéraire international et francophone du livre : Beyrouth Livres. Quatre ans après le dernier Salon du livre francophone de Beyrouth, c’est donc sous un air plus festif que le Liban qui a connu plusieurs crises dans l’intervalle peut à nouveau célébrer les diversités francophones à travers la littérature et la culture. Organisé par l’Ambassade de France au Liban et son Institut Français, Beyrouth Livres accueille une centaine d’auteurs d’origines diverses, qui échangent autour des thèmes variés, à côté des lectures, des rencontres dédicaces, des expositions, des projections de films et proclamations de prix entre autres.


Hommage à Charles Corm

Charles Corm est considéré comme le pionnier de la francophonie au Liban. Né en 1894 à Beyrouth, Charles Corm écrit essentiellement en français à une époque où la plupart des auteurs libanais écrivent en arabe. Il fonde La Revue Phénicienne en juillet 1919 et cette revue devient la première publication en langue française du Proche-Orient. Très tôt, elle s’impose comme l’une des tribunes d’expression les plus sérieuses de l’époque, puisqu’elle connait la collaboration d’intellectuels et d’écrivains libanais de renom. Aussi, elle anime le mouvement phénicien qui contribue à l’indépendance du Liban quelques mois plus tard.

Outre, Charles Corm fonde les Éditions de la Revue Phénicienne pour publier les auteurs avec qui il partage les mêmes idéaux et les mêmes combats. C’est alors dans cette maison d’édition − qui existe toujours tout comme la revue − qu’il publiera l’essentiel de son œuvre, laquelle lui vaudra autant de distinctions. Il publie notamment La Montagne inspirée en 1934, un recueil de poèmes qui lui permet de remporter le Prix international de Poésie Edgar Allan Poe la même année. Auteur d’autres livres comme : Les Cahiers de l’enfant ; le Mystère de l’amour et Le Volcan embrasé entre autres ; Charles Corm est médaillé d’honneur de l’Académie française en 1950, Grand officier de la Société française des poètes, Grand officier de l’Académie Ronsard et bien plus.

Pour toutes ces actions, Charles Corm est une grande figure au Liban et pour la francophonie. C’est alors logique que le festival décide de lui rendre hommage. La Lebanese American University (LAU) lui a consacré une exposition au cours de laquelle il est question de présenter sa vie et son œuvre. Pendant plusieurs jours, le public a droit aux photos, manuscrits et autres objets liés à Charles Corm. À côté de cette exposition, une table ronde a été organisée sur son œuvre, avec la participation du Directeur du Centre du patrimoine de la LAU, Henri Zoghaib, Alexandre Najjar et Georges D’Orléans.


Les résidences d’auteurs

Dans le cadre de cette première édition de Beyrouth Livres, la Maison internationale des Écrivains à Beyrouth a accueilli en résidence trois auteurs francophones. Il s’agit de Michaël Ferrier, Fabien Toulmé et Charles Berberian. Présidée par l’écrivain libanais francophone Charif Majdalani, cette association à but non lucratif organise depuis 2014 des résidences d’écriture à Beyrouth. Ces résidences aboutissent à la publication des textes écrits par les auteurs invités et portant sur la capitale libanaise. « Ces textes ont pour objectif de faire de cette ville non seulement un sujet littéraire, mais aussi le point à partir duquel peuvent être réfléchis les principaux problèmes du monde contemporain. »

Michaël Ferrier est auteur de plusieurs parmi lesquels : Fukushima, récit d’un désastre (Gallimard, 2012) qui porte sur des catastrophes ayant eu lieu au Japon en 2011. Écrivain français, il vit à Tokyo où il est enseignant de littérature. Fabien Toulmé quant à lui est un auteur français de bande dessinée. En 2018, il a notamment publié L’Odyssée de Hakim, une série de bande dessinée portant sur l’histoire d’un réfugié syrien. Charles Berberian, pour sa part, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée d’origine arménienne. Également amoureux de musique, Berberian est auteur de plusieurs livres et albums.

Une autre résidence a accueilli Hélène Becquelin au Palais Debbané de Saïda. Hélène Becquelin, graphiste, illustratrice et dessinatrice suisse vivant à Lausanne, compte de nombreuses créations exposées dans divers musées, galeries et festivals. Une partie de ses archives est conservée dans Le Fonds patrimonial de la BD, à Lausanne. Cette résidence a été une occasion pour elle de poursuivre son travail entamé en mars dernier au sein du Palais Debbané ; de dessiner et revisiter ce lieu historique de la ville de Saïda.


Littérature et féminisme

La problématique autour de la place de la femme dans nos sociétés reste prégnante et le débat se poursuit en littérature. Pour cela, les événements littéraires sont souvent l’occasion de débattre sur les questions liées à la liberté de la femme, et c’était encore le cas de Beyrouth Livres, en partenariat avec le Parlement des Écrivaines Francophones. Le Parlement des Écrivaines Francophones est né en 2017 sous l’impulsion de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie. C’est une association qui regroupe les écrivaines des quatre coins du monde, unies par les liens de solidarité que leur offrent la langue française, leur féminité, leur désir de lutter pour la liberté et l’égalité. « Elle défend la liberté et les droits humains partout où ils se trouvent attaqués et elle offre un espace de prise de parole, destiné à donner le point de vue des femmes sur les débats ou les crises de nos sociétés. »

Par conséquent, plusieurs débats organisés en collaboration avec le Parlement des Écrivaines Francophones ont permis aux femmes de réfléchir sur les rapports entre la littérature et le féminisme, et sur les droits qui sont les leurs. Il y a notamment eu un débat sur « l’écriture du corps », avec Carmen Boustani, Marie-Rose Abomo-Maurin, Madeleine Monette, Hyam Yared, Catherine Pont-Humbert et présenté par Joëlle Hajjar. Un autre, toujours présenté par Joëlle Hajjar, sous le thème : « Où en est le combat pour le droit des femmes ? » a connu la participation de Lise Gauvin, Sophie Bessis et Fatoumata Ki-Zerbo.

En plus, le Parlement des Écrivaines Francophones a organisé ce qu’elles ont appelé « le Grand procès des Écrivaines », sous le thème : « Les femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ? » Dans ce procès symbolique, il était question pour ces écrivaines d’essayer de comprendre pourquoi et pour qui une femme qui écrit serait-elle dangereuse. Un sujet digne d’intérêt qui a connu la participation de Cécile Oumhani, Anna Ly Ngaye, Emeline Pierre, Fawzia Zouari, Fatoumata Kane Ki-Zerbo, Laurence Gavron, Lise Gauvin, Madeleine Monette, Marie Jo Alie, Marie Rose Abomo, Muriel Augry, Sedef Ecer, Georgia Makhlouf et Catherine Pont Humbert.


Une perche à la solidarité

Parmi les enjeux majeurs de Beyrouth Livres 2022, on relève un élan de solidarité à l’endroit du Liban, secoué par des crises sociopolitiques et économiques ces dernières années. Ce festival est l’occasion de questionner l’avenir de ce pays et de se montrer solidaire et compatissant à travers un ensemble d’événements marquants. C’est dans cette perspective que de nombreux débats ont été menés pour parler des problèmes que traverse le Liban et explorer certaines pistes de réflexion susceptibles de lui permettre de sortir de ses différentes crises.

Par ailleurs, les membres de l’Académie Goncourt ont fait le déplacement pour Beyrouth pour des échanges avec le public libanais et dans l’optique resserrer les liens entre la littérature française et libanaise. À côté de quelques rencontres publiques, ils ont pris part à l’exposition consacrée au bicentenaire de la naissance d’Edmond de Goncourt, à la Maison Corm. Un événement inédit lorsqu’on apprend que c’est la première fois en soixante ans que la Maison Corm est ouverte au grand public de la sorte, après sa restauration et sa transformation par la Fondation Charles Corm.

Mais le fait le plus marquant de ce soutien repose sur la proclamation de la troisième sélection du Prix Goncourt 2022. Les membres de l’Académie Goncourt, bien qu’ils n’aient pas tous fait le déplacement pour des raisons diverses, ont dévoilé le 25 octobre dernier, depuis Beyrouth, les noms des quatre finalistes de cette édition du Goncourt. Il s’agit de Giuliano da Empoli pour son roman Le Mage du Kremlin (Gallimard) ; Brigitte Giraud pour son roman Vivre vite (Flammarion) ; Cloé Korman pour son roman Les Presque Sœurs (Seuil) et Makenzy Orcel pour son roman Une Somme humaine (Rivages).

Cette première édition de Beyrouth Livres 2022 aura donc été une belle célébration de la solidarité entre le Liban et plusieurs pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe. Le festival s’achève le 30 octobre 2022, avec notamment la proclamation du Choix Goncourt de l’Orient, le bal littéraire, les concerts et les projections de films.


Boris Noah



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